La Franc-maçonnerie est-elle une psychothérapie de groupe ?

Il trône sur le mur du petit cabinet noir et étroit dans lequel le profane doit rédiger son testament philosophique, en attendant que l’on vienne le chercher. Ce symbole, ce sigle, composé des lettres V.I.T.R.I.O.L est une invitation au voyage, à un voyage intérieur. Une fois l’initiation terminée, le tout nouvel apprenti se voit remettre les outils qu’il pourra utiliser pour commencer son travail. Parmi ceux-ci, un fil à plomb qui, lui aussi, servira pour une plongée à l’intérieur de lui-même, accompagné d’un maillet et d’un ciseau qui lui serviront à se forger lui même.

Pour un apprenti, la maçonnerie a pour objectif de nous faire nous confronter à nous même, et de nous faire nous libérer de ce qui s’est fixé en nous au fil du temps, sans que l’on ne s’en rende compte : nos habitudes, devenues préjugés, devenues ensuite convictions. C’est un véritable travail sur soi qui attend le profane qui a été reçu dans une loge, une école du doute, dont les professeurs seront les autres membres de l’atelier. Le jeune maçon tentera d’avancer sur son chemin intérieur, avec leur aide, sous leur regard bienveillant. On lui apportera autant qu’il offrira, un échange au sein du groupe s’instaurera, et chacun tirera un enseignement de l’autre, une enrichissement intellectuel, qu’il pourra à sa guise transformer en enrichissement personnel.

Dans la méthode, cela s’apparente de près à la psychothérapie. On fait une plongée dans son inconscient, on tente d’identifier ses défauts, ses peurs, ses craintes, ce qui nous a marqué et qui a laissé des traces bien plus profondes que ce que l’on pensait, et on tente de se corriger, de s’améliorer, en écoutant l’autre partager sa propre expérience, son regard sur le monde, et en en tirant un enseignement pour sa propre construction.

Je fais un peu de provocation en comparant la maçonnerie à de la psychothérapie de groupe, car je sais que cela énerve souvent que l’on dise cela, mais au fond, si nous nous posons la question sérieusement, n’y a t’il pas quand même des points communs ?

Publicités


Catégories :Actualités

Tags:,

14 réponses

  1. Oui et non. Comme vous le dites, il y a des points communs… La « psychothérapie de groupe » n’est pas une invention moderne, elle s’inspire de faits relationnels et de faits « de l’intérieur de l’âme » qui remontent aux origines de l’humanité… Donc, elle s’entrecroise avec diverses choses qui ont déjà été reconnues et utilisées.

    Elle rejoint donc quelque part la méthode symbolique chère à la Maçonnerie.

    La distinction qu’on en pourrait faire… entre cette soi-disant théorie moderne et les approches de l’ancien temps… distinction donc à propos des « buts recherchés », peut poser question.

    Quel est le but de la psychothérapie de groupe, quel est le but de la méthode symbolique de la Maçonnerie ?

    Se mieux porter sans doute !

    Mais selon quelles exigences ? That’s the question ! That’s the point !

    Très fraternellement,

    Charles Saint-André.

  2. C’est une vraie question, il y a un peu de ça.
    Mais par contre il y a aussi, voire surtout, le cheminement personnel.
    Je me méfie toujours un peu de la démarche de certains de sur-valoriser le vécu en loge et son aspect communautaire, un peu façon « thérapie de groupe », alors qu’une des missions fondamentales de la maçonnerie est de libérer autant que faire ce peux l’individu pour qu’il puisse accomplir au mieux sa vie d’être humain en dehors de la loge
    Certains viennent là pour pouvoir parler librement, se dévoiler, mais justement cela ne doit pas, à mon avis, dépasser certaines limites. On est pas là pour servir de psychothérapie de remplacement. de même que les liens fraternels ne doivent pas devenir des liens de dépendance au delà de certaines limites, sinon on n’est plus en maçonnerie. Cette dernière réunit des esprits libres, et libres ils demeurent au travers de leur parcours maçonnique. L’idée de psychothérapie sous-tend l’idée qu’il y a un service rendu de la communauté à l’individu, et là je pense que l’on dérape un peu.
    Mais on aurait tord de nier que l’aspect communautaire agit sur l’individu, d’où la comparaison !

  3. Bonjour ! ! !
    Il y a bien de la “psycho” en loge puisqu’il y a des consciences. Il devrait y avoir également de la “thérapie” puisque nous disons vouloir nous améliorer. Certains penseurs grecs disaient de la philosophie qu’elle est une “médecine de l’âme”. Le démarche maçonnique peut-elle s’apparenter à ce désir de devenir “meilleur” (et non supérieur). Après pas mal d’heures de vol en Maçonnerie, je constate avoir croisé beaucoup d’hommes arrivés déjà parfaits le jour de leur initiation ; et aujourd’hui désormais devenus plus-que-parfaits. La preuve ? Leurs jolis cordons !
    L’excellent Frère Jacques Fontaine a beaucoup réfléchi aux jeux de l’inconscient en Maçonnerie. Je me permets donc de suggérer la lecture de ses ouvrages et, en préambule, l’écoute de ses interventions sur le site http://www.baglis.tv, une table ronde intitulée « Hiram et Freud”.

  4. À peu près autant qu’entre la rééducation fonctionnelle et le bodybuilding!!! la psychologisation des démarches initiatiques est une grande tendance new ageuse, pour ne pas dire fumeuse, en maçonnerie c’est l’inénarrable Jacques Fontaine et ça complice psychanalyste Marie Hélène Gonnin qui se sont emparés du concept, ils vous apprendront que les Francs maçons sont des monomaniaques (voir des psychopathes!! la psy nous comparant avec le personnage de Bone collector!!) et qu’un travail sur soi est possible grâce à l’interprétation libre des symboles!! (Jetez vos ouvrages de références à la poubelle, oubliez les sagesses antiques, les docteurs du moyen âge et les premiers maçons du siècle des lumières, ils n’avaient rien compris!!).
    Bon soyons un peu sérieux, si la démarche maçonnique était une thérapie nous pourrions intégrer les personnes psychologiquement fragiles, or nous constatons que lorsque c’est le cas, le nouveau frère abandonne rapidement…d’autre part, si c’était une thérapie, elle aurait du guérir de leurs manies, petites ou grandes les vieux maçons, là encore une simple observation des caractères au sein de votre atelier vous indiqueront que non.
    l’assimilation du travail symbolique au travail analytique tient à une confusion sur la nature des symboles utilisés dans chacun des domaines: ils sont intimes et personnels dans le cadre analytique et renvoient à l’histoire de la personne, ils doivent lui permettre de comprendre ce qui fonde sont individualité (cf Freud 5 leçons sur la psychanalyse), ils sont collectifs et universelles dans le cadre maçonnique et renvoient à la tradition (d’où la nécessité de maitriser les conceptions anciennes du monde d’où ils sont issus tel que l’alchimie et la kabbale) et doivent nous permettre de saisir la part d’humanité que nous portons tous, au delà de nos petits égos et de lui permettre de grandir en sagesse et ainsi de nous améliorer…
    Cela ne peut se faire qu’au travers d’un effort qui s’inscrit dans la continuité et le respect de nos prédécesseurs (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas éprouver leurs propos!!)…
    Quant à l’acrostiche V.I.T.R.I.O.L, le limiter à une plongée intérieur c’est perdre un partie de son sens réel…l’I.T c’est également là où naissent et maturent les choses, en particulier les métaux, c’est, selon les principes de l’alchimie, la matrice de l’univers…il s’agit donc tout autant d’une plongée dans nos espaces intérieurs que dans « l’intérieur » du réel…
    Réduire donc la démarche maçonnique à de la psychothérapie de bazar, c’est passer à côté de sa profondeur…
    Bien évidemment il y a un travail sur soi en maçonnerie, mais il s’agit moins d’une démarche thérapeutique que des trois premières directions de l’ashtānga yoga. (à savoir: yama : pratiquer les devoirs moraux élémentaires envers les autres comme envers soi-même, niyama : se discipliner et se mesurer dans la pratique quotidienne,āsana : se tenir tranquille de façon stable)

  5. Vous êtes inutilement brutal @calvariam ! Vous avez probablement des raisons personnelles de vous positionner dans la caricature et l’invective. Ça n’est pas très maçonnique. Mais je vous lis toujours – ici comme ailleurs – avec beaucoup d’attention et d’intérêt. Je ne signale pas le travail de Jacques Fontaine pour qu’on y adhère ; mais pour y réfléchir. Et si possible avec honnêteté, calme et intelligence. Comme vous @calvariam – si je vous ai bien compris – je suis contre la transformation fantasmatique de nos réunions initiatiques en séances psycho-manchin-chose ! Je parie sans risque que Jean Favry aussi ! Quitte à faire ici un coming out qui me vouera aux gémonies de la bien-pensanse maçonnique dominante, j’ai un faible très marqué pour les choses simples et rationnelles. La Kabbale et l’alchimie me paraissent d’aussi navrantes déclinaisons du délire irrationnel que l’éventuelle psychologisation de notre démarche que vous avez raison de dénoncer. Quant au bouddhisme, cher @calvariam, y a-t-il aujourd’hui, dans la ridiculo-sphère bobo des petits bourgeois névrosés de la rue Oberkampf et d’ailleurs, plus affligeante idéologie de bazar ? Comme vous dites avec raison, @calvariam : “soyons un peu sérieux” ! Le mieux – me semble-t-il – est d’essayer de nous écouter les uns les autres. (Moi-même, j’ai bien souvent du mal). Je crois que beaucoup de jeunes Maçons viennent sur ce site dont je salue l’initiative. Soyons prudents. Disons sans détour ce que nous pensons. Essayons d’exister sans rabaisser l’autre. A la revoyure, cher @calvariam.

  6. Je ne connais pas très bien Jacques Fontaine. J’ai eu l’occasion de l’entendre un peu sur Baglis, mais les vidéos ne sont pas complètes si l’on ne paye pas, et je n’ai pas encore lu ses livres.
    En tous cas, merci pour vos échanges très intéressants sur un sujet un peu provocateur.

  7. Je remarque tout d’abord que quand on parle de psychothérapie, on ne parle que de concepts freudiens teintés de lacanisme. On entend ce Jacques Fontaine dire : « Tuer le père c’est le scénario central et crucial » de la maçonnerie…N’oublions pas qu’il existe d’autres sources quand on parle d’analyse de la psyché et de thérapie ! Pour le matérialiste que je suis, toute élaboration cérébrale, qu’elle soit considérée spirituelle, intellectuelle ou émotionnelle, émane de l’esprit, lui même résultat de manifestations neurologiques, électriques, et donc matérielles. Contrairement aux Chrétiens, je ne fais pas de différence entre âme et esprit. Pour moi, toutes ces élaborations ne sont qu’esprit, manifestation cérébrale. Et DONC (là, vous allez voir où je veux en venir…), je trouve que si la maçonnerie n’est pas une thérapie de groupe au sens courant de l’expression, je reste persuadé que les deux sont liés. Forcément. Carl Gustav Jung l’avait compris quand il s’est penché sur la question des manifestations spirituelles comme un chemin menant à la compréhension du fonctionnement psychique de ses patients. De même, des approches plus récentes telles que l’ethnopsychiatrie de Tobie Nathan montrent que l’approche symbolique et spirituelle permet la résolution de conflits jugés purement psychologiques par leurs prédécesseurs et leurs descendants. Et c’est normal : tout émane du même endroit, notre cerveau, atelier de l’esprit qui nous permet de penser à la façon de résoudre un problème mathématique (intellect), de ressentir des émotions pouvant se manifester également ailleurs dans le corps (affect) et élaborer un sens plus profond de la vie (philosophie, religions, spiritualité…). Oublions le monopole freudien (vous sentirez une fois de plus les accents onfrayiens que, cette fois, je n’ai pourtant pas attendu pour défendre ce point de vue) ! Et reconnaissons que si deux approches ne sont pas assimilables, elles peuvent être deux voies totalement différentes pour traiter des sujets qui ont un point commun : l’implication de notre esprit ! 😉

  8. @libéro: je crois que quelque soit le sujet,sciences physiques, psychologie, kabbale, alchimie ou boudddhisme, il s’agit d’ètre sérieux afin d’éviter les syncrétismes malheureux et autres « bazars du bizarre » (merci le canard)…je me sais un tantinet aggressif (mais j’y travaille), il est néanmoins très agaçant de voir le succès d’auteurs tel que Jacques Fontaine (qui, au vu du nombre d’ouvrages fait dans l’alimentaire) au dépend d’auteurs plus pointus, mais demandant malheureusement un effort de lecture, voir des études annexes.Pour te donner un exemple, lorsque je me suis intéressé à la kabbale, je me suis vite rendu compte que pour saisir de ce dont il s’agit qu’il me faudrait non seulement lire une bonne partie du catalogue de chez Verdier, dont le zohar, le livre de ruth et j’en passe, mais également me mettre un temps soit peu à l’hébreux…De manière générale, pour tout sujet, je commence par les ouvrages universitaires ou des auteurs reconnus (tel mircéa éliade pour les sujets qui nous intéresse), cela m’évite de me perdre dans les fantaisies (au mieux) ou escoqueries intellectuelles (au pires) de nombres « d’auteurs » qui ont flairé le filon!!! j’ai une de mes planches sur ma page sur le symbolisme (je crois aussi l’avoir mise en ligne sur FD1877) où j’exprime ma position de manière plus nuancée et argumentée, si le coeur t’en dit…(me demander de t’ajouter à ma liste « d’amis », elle n’est évidemment pas en accès « public »)
    @Tao: « Tuer le père c’est le scénario central et crucial » de la maçonnerie…selon J.F: voilà un bel exemple de raccourci facile (de la part de J.F, pas de la tienne)…H n’est pas notre père, il est celui qui sait et qui tente d’enseigner à ceux qui ignorent, il sait que ce ne peut se faire que de manière progressive afin que leurs yeux et leur coeur ne soient pas aveuglés par la lumière de la vérité…en fait, inutile de d’aller dans un premier temps chercher du côté des différents courants psychologiques, relire simplement le livreVII de « la république » de Platon (allégorie de la caverne), de manière générale tous les frères devraient lire au moins ce passage, et les apprentis en particulier…

  9. la vrai question en réalité c’est: « la psychothérapie de groupe est-elle une franc-maçonnerie sauvage? »…

  10. Si c’est toi, Guizmo, qui fait de la pub pour GADLU qui t’en a fait avant, c’est sympa de ta part de renvoyer l’ascenseur… Si c’est GADLU qui spam, ça commence à être limite soulant !

  11. Non, c’est pas du spam. C’est ce qu’on appelle un trackback, c’est parce que GADLU a mentionné cet article sur son site. Du coup, cela me notifie que cet article a été partagé.
    😉

  12. Sur les rapports entre psychanalyse et FM, mais sur un plan plus individuel, il y a l’intéressant ouvrage de Daniel Béresniak, qui connait son affaire, intitulé : « Le Jeu d’Hermès ».

    http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/beresniak-daniel/le-jeu-d-hermes-psychanalyse-et-franc-maconnerie,1472567.aspx

Rétroliens

  1. Revue de web maçonnique hebdomadaire | GADLU.INFO - Franc-Maçonnerie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :