La Fraternité, par Régis Debray

La Fraternité est une notion complexe. C’est une des valeurs de notre République, qui est plus ou moins tombée en désuétude, non pas que ce qu’elle représente appartienne au passé, aux générations d’avant, mais simplement parce qu’elle n’est pas comprise.
Si l’on demande à quelqu’un de nous expliquer ce que renferme ce mot « Fraternité » que l’on trouve sur le fronton de nos mairies ou de nos écoles, peu de personnes sauront nous donner une réponse convaincante.

Je voulais vous proposer aujourd’hui un court extrait d’un livre de Régis Debray, dans lequel il aborde cette notion. Ce texte est tiré de son livre « Le Feu sacré. Fonction du religieux. » Fayard, 2003 ; pp. 81-88.

« Fraternités. »

« Tout en bas de l’échelle, se tient notre « collègue », celui qui exerce la
même « fonction » que nous. […] On parlera de « confrère » un cran au-dessus,
lorsque les homologues font partie d’un même corps […]. « Frère » exige plus : une
communauté de vocation, de risque ou de valeur. Ainsi des membres d’une guérilla
ou d’un commando, frères d’armes. Beaucoup ont des collègues, certains privilégiés
ont des confrères, combien d’élus ont des frères, hors les liens du sang ? […] »

« Le « convent » […] s’utilisait jadis pour l’ensemble des moines d’un monastère.
L’inconscient des corps déjoue les bonnes intentions émancipatrices. Le sacré sans
dogme reste un sacré – ce qui veut dire d’abord un lieu hors norme et sélectif. » […]

« Contre-société ou contre-religion ? Sans doute la franc-maçonnerie est-elle
de frappe protestante comme un évangélisme latitudinaire, réduit en France
(contrairement à l’Angleterre, où les obédiences ont un caractère interreligieux
marqué) aux acquêts d’un évangile humanitaire rehaussé d’ésotérisme éclectique.
[…] »

« [Le franc-maçon] cherche. Quoi ? L’unité secrète des choses, l’union de la
famille humaine. Son « Unus omnibus », sa devise « Un pour tous », témoigne
d’une spiritualité sans drame, plus optimiste que la chrétienne. Le tragique n’y a
pas sa place. Mais la démarche était au point de départ de substance religieuse,
procédant de la même anxiété fédérative que le « E Pluribus unum » de l’Américain
pragmatique. […] »

« [La franc-maçonnerie] fait sourire certains […]. Elle peut aussi attirer, bien
légitimement, de très honnêtes gens en perte d’appartenance que la dilution des
identités de quartier de métier, de pays, laisse sur le carreau. […] »

Régis Debray

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2 réponses

  1. La fraternité ne peut se décréter. Elle ne peut venir que d’un sentiment personnel de ressemblance avec untel ou unetelle, sans lien du sang obligé. Celui ou celle qui multiplie cette impression à chaque rencontre a bien de la chance et dans ce cas, il peut se passer de « fraternité »‘ au sens de société organisée autour de valeurs ou d’idéaux partagés. Pour le reste, c’est une possibilité de progresser vers cet idéal qui tend à l’universel, à condition de ne rien exiger des autres, mais seulement de soi-même.

  2. fabuleux post, merci bien.

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