Enseigner la morale laïque à l’école ?

C’est ce qu’a proposé le ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon, qui considère que sa mission de « refondation de l’école républicaine » doit s’accompagner d’un retour sur les valeurs. Il souhaite instituer des cours de « morale laïque » dès la rentrée 2013. Le JDD a publié hier un article dans lequel le ministre répond a plusieurs questions. Je trouve l’entretient très intéressant, et je vous invite à le lire pour que nous puissions en discuter ensuite.

Voici l’article dont la source EST JUSTE ICI

Lundi plus de 800.000 professeurs font leur rentrée, mardi ce sera le tour de 12 millions d’élèves. Pour Vincent Peillon, il s’agit de la « première rentrée du changement ». Le ministre de l’Éducation nationale, malgré les 13.000 suppressions de poste, réaffirme que l’éducation est bien la priorité du quinquennat. Une concertation sur les thèmes cruciaux comme les rythmes scolaires se tient jusqu’à la fin septembre, elle doit déboucher sur un rapport qui servira de base à l’élaboration d’une loi d’orientation à l’automne. Pour le ministre, cette « refondation de l’école républicaine » doit s’accompagner d’un retour sur les valeurs. Il souhaite instituer des cours de « morale laïque » dès la rentrée 2013. Explications.

Qu’entendez-vous par « morale laïque »?
La morale laïque c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs. Je souhaite pour l’école française un enseignement qui inculquerait aux élèves des notions de morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison. La république porte une exigence de raison et de justice. La capacité de raisonner, de critiquer, de douter, tout cela doit s’apprendre à l’école. Le redressement de la France doit être un redressement matériel mais aussi intellectuel et moral.

Quelles sont ces valeurs communes?
Lorsque le président de la République dit devant le monument de Jules Ferry faire de l’école la priorité, il dit à la société qu’un certain nombre de valeurs sont plus importantes que d’autres : la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme… Nous devons également porter et défendre l’égalité des garçons et des filles. Une société et une école qui n’enseignent pas ces valeurs s’effondrent. Il faut assumer que l’école exerce un pouvoir spirituel dans la société.

Il faut enseigner la laïcité?
La laïcité comme fait juridique, philosophique et historique n’est pas suffisamment étudiée. Certains pensent que la laïcité est contre les religions ; certains au contraire que c’est simplement la tolérance ; d’autres que c’est uniquement des règles de coexistence. Or, la laïcité ce n’est pas simplement cela. Il existe aussi une « laïcité intérieure », c’est-à-dire un rapport à soi qui est un art de l’interrogation et de la liberté. La laïcité consiste à faire un effort pour raisonner, considérer que tout ne se vaut pas, qu’un raisonnement ce n’est pas une opinion. Le jugement cela s’apprend.

Qui serait chargé d’enseigner cette morale laïque?
Je vais nommer une mission de réflexion qui devra préciser la nature de cet enseignement. Je pose trois objectifs : qu’il y ait une cohérence depuis le primaire jusqu’à la terminale ; que cet enseignement soit évalué ; qu’il trouve un véritable espace. Je souhaite que dans la formation des enseignants, dans les écoles supérieures de l’éducation et du professorat que nous mettrons en place à la rentrée 2013, les questions de morale laïque soient enseignées à tous les professeurs.

Y a-t-il une « morale de gauche » et une « morale de droite « ?
Je ne le crois pas. Je pense, comme Jules Ferry, qu’il y a une morale commune, qu’elle s’impose à la diversité des confessions religieuses, qu’elle ne doit blesser aucune conscience, aucun engagement privé, ni d’ordre religieux, ni d’ordre politique. Prenez les textes du Conseil national de la Résistance : cela va des communistes à de Gaulle. Ce sont des textes qui portent une conception de la solidarité sociale, de l’universalisme et nous avons besoin d’enseigner à nos élèves ce formidable patrimoine. Je veux faire de la morale laïque un enseignement moderne qui s’inscrit dans l’école du IIIe millénaire.

Il existe déjà des cours d’instruction civique, en quoi votre morale serait différente?
Je n’ai pas dit instruction civique mais bien morale laïque. C’est plus large, cela comporte une construction du citoyen avec certes une connaissance des règles de la société, de droit, du fonctionnement de la démocratie, mais aussi toutes les questions que l’on se pose sur le sens de l’existence humaine, sur le rapport à soi, aux autres, à ce qui fait une vie heureuse ou une vie bonne. Si ces questions ne sont pas posées, réfléchies, enseignées à l’école, elles le sont ailleurs par les marchands et par les intégristes de toutes sortes. Si la république ne dit pas quelle est sa vision de ce que sont les vertus et les vices, le bien et le mal, le juste et l’injuste, d’autres le font à sa place. Aujourd’hui dans les cours d’école et les classes, on se traite « sales feujs », « sales bougnoules »… Tout ce qui est de l’ordre du racisme, de l’antisémitisme, de l’injure, de la grossièreté à l’égard des professeurs et des autres élèves, ne peut pas être toléré à l’école. La sanction fait partie de l’éducation. Mais il faut aussi qu’il y ait une cohérence entre la responsabilité des adultes à l’extérieur de l’école et ce que l’on demande aux maîtres et aux professeurs de faire. L’attitude des plus hautes autorités de l’État est, de ce point de vue, tout à fait déterminante. L’ancien président de la République lui-même, en désignant toujours des ennemis, en s’exprimant avec violence ou grossièreté, en expliquant qu’enseigner La Princesse de Clèves était sans intérêt, que l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé, sapait l’autorité des professeurs et s’attaquait aux valeurs qui sont les nôtres.

Vous parlez là d’exemplarité?
Oui. Le professeur doit bien sûr dans ses comportements incarner lui-même les valeurs que nous voulons enseigner. Si on pense que la question de la dignité humaine est fondamentale, il doit être à l’égard de chaque élève dans une relation de respect. Il ne s’agit pas d’autoritarisme, mais d’une autorité qui se fonde sur des qualités morales et intellectuelles. Si la société conteste son autorité, le moque ou même l’injurie, alors il n’y a pas de raison pour que l’élève le respecte. Nous avons besoin d’un réarmement moral. C’est pourquoi nous devons tous soutenir nos professeurs.

Cela implique également que l’élève se lève quand le professeur entre dans la classe?
Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral. C’est tout le contraire. Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper, car le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. Je ne crois pas du tout à un ordre moral figé. Je crois qu’il faut des règles, je crois en la politesse par exemple.

Dans votre école, les élèves salueront le drapeau tricolore tous les matins?
Non. Mais il faut enseigner aux enfants la différence entre être patriote et nationaliste. Nous devons aimer notre patrie, mais notre patrie porte des valeurs universelles. Ce qui a fait la France, c’est la déclaration des droits de l’homme. Elle dit que nous partageons tous une même humanité. Le professeur doit reconnaître en chaque enfant, sans distinction d’origine, cette humanité et l’instituer.

Doit-on enseigner La Marseillaise à l’école?
Apprendre notre hymne national me semble une chose évidente, les symboles comptent, mais il ne faudra pas croire que l’apprentissage mécanique d’un hymne est suffisant dans cette éducation à la morale laïque.

La morale n’en finit pas de faire son retour. Vous ne craignez pas que votre morale laïque reste au degré zéro sur les bancs de l’école?
C’est l’objectif inverse que je poursuis. Si les créneaux horaires réservés à l’instruction civique et morale sont souvent utilisés par les enseignants pour rattraper le retard sur d’autres points du programme, c’est parce que la matière n’est pas ou peu évaluée ; si la matière enseignée ne porte pas le même nom au primaire, au collège, au secondaire, elle n’est pas cohérente et prise au sérieux ; si les professeurs ne sont pas formés pour l’enseigner, cela ne sert à rien. C’est à tout cela que je veux remédier. La bataille que doit mener l’école est aussi une bataille des valeurs. Nous allons la mener.

Adeline Fleury – Le Journal du Dimanche – samedi 01 septembre 2012

Pour information, Luc Chatel a réagi en déclarant que Peillon reprenait de propos pétainistes.

Advertisements


Catégories :Non classé

Tags:, , ,

12 réponses

  1. 1) Qu’ils arrêtent de prendre Jules Ferry, ce racialiste négrophobe pro-colonialisation bien de son temps, comme référence.
    2) Qu’ils arrêtent de mettre n’importe quoi derrière la laïcité… A droite comme à gauche… Au FN comme au GO ! La Laïcité, dans la loi de 1905, c’est la séparation de l’institution-Eglise et de l’Etat qui ne peut plus la financer dans son fonctionnement. Point-barre. Et que ça reste comme ça ! (« Laïcité intérieure », nan mais nawak !) Les lois anti-burqa ou anti signes ostentatoires qu’on veut relier à la laïcité, ce n’est que foutaises ! Ces lois là ne sont pas l’esprit de 1905 ; elles sont l’esprit des années 2000 ! Rien à voir ! Et si on nous les a sorti, c’est qu’il existe un problème de société autre : le vivre-ensemble ! L’esprit de 1905 n’a rien à voir, dans le contexte de l’époque, avec le vivre-ensemble, mais avec la sécularisation et la liberté. Bref, re-rien à voir…
    3) L’appellation « morale laïque » est aussi étriquée et inadaptée aux enjeux actuels que celle de « instruction civique ». Tous deux sous-entendent un enseignement descendant, du maître à l’élève, alors que ma conviction est qu’il faut faire plus confiance à la jeunesse ; de la petite, dès trois ans, à la plus avancée, au lycée. L’enseignant-éducateur doit être là pour stimuler les conversations et leur donner un cadre. Mais il doit limiter son influence directe. Les injonctions à ne pas penser (Goulding) sont donc à bannir ! Comment peut-on enseigner à un gamin ce qu’est une « vie bonne » ou « le mal » ??? Ce n’est pas à nous, adultes-éducateurs de le lui dire. C’est à lui de le trouver seul, éventuellement à partir de nos injonctions à penser. Et ces concepts mouvants de « bonne » vie, de bien ou de mal, ce sera à lui de les redéfinir en fonction de son temps, de la société qu’il souhaitera faire germer. Car ces concepts ne sont pas statiques ! Attention, Vincent !!! A voir, le documentaire « Ce n’est qu’un début » qui, au-delà de la polémique stérile de l’époque pour savoir si oui ou non cela devait être qualifié de philosophie, a le mérite de faire penser les enfants par eux-mêmes. Et on est loin de la morale ! A la fin, l’instit ne doit pas mettre fin au débat en donnant une conclusion catéchétique jusqu’à la prochaine fois, la semaine suivante.
    4) J’invite le Camarade Peillon à se renseigner sur ce qui se fait déjà, qui marche, qui est plus que novateur et prometteur, mais qui, certes, demande des moyens : l’école des Colibris ! Éberlué, qu’il va être, le Vince ! (A voir : « Quels enfants laisserons-nous à la planète ? »)
    5) « Il ne s’agit pas d’autoritarisme, mais d’une autorité qui se fonde sur des qualités morales et intellectuelles. » => Ah bon ? Et quel autoritarisme n’a jamais justifié son action par des qualités morales ou intellectuelles ? On ouvre la porte à des choses très bizarres, là…
    6) La différence entre le patriotisme et le nationalisme ? Pour moi, l’un n’est que le germe de l’autre. Pourquoi devrais-je aimer, comme ça, absolument, ma patrie ? Pourquoi ne devrais-je retenir que ses bons côtés en oubliant ses heures sombres ? Le pays où je suis né (qui n’est pas ma patrie, concept paternaliste jusque dans son étymologie) me satisfait autant qu’il me déçoit. Pourquoi, donc, inculquer sa défense à tout prix ? Le glissement vers la fameuse « fier-e d’être Français-e » n’est pas loin…
    7) Pour conclure cet avis en 7 points, je dirais qu’une fois de plus, l’interview de ce ministre vient démontrer la totale incompétence des technocrates/bureaucrates déconnectés des réalités de l’éducation dont ils souhaiteraient placer l’universalité sur leurs réalités bourgeoises et Ô combien conservatrices, voire réactionnaires (avec ce petit air de « c’était mieux avant… ») au lieu de construire l’avenir en se servant du plus beau cadeau de la vie : la jeunesse !

  2. Tao, je ne peux pas etre d’accord avec toi lorsque tu parles de la laicité en la limitant à la loi de 1905.
    La laicité, ce n’est pas la loi de séparation de l’Eglise et de l’état, c’est un concept beaucoup plus ancien, que l’on retrouvait chez de nombreux philosophes bien avant le 20ème siècle.
    C’est un concept qui permet à chacun de vivre ensemble, sans distinction aucune fondée sur des critères religieux, ou culturels. La loi de 1905 est une loi qui stipule que l’Eglise ne prend pas part aux affaires de l’Etat et que l’Etat ne prend pas part aux affaires de l’Eglise. C’est une loi qui vient s’inscrire dans les problématiques de la laïcité, mais ce n’est en aucun cas LA laïcité.

    L’idée de Peillon consiste en gros à proposer une solution pour émanciper les jeunes de la Religion, à travers l’éducation et l’étude d’une morale adogmatique. Aujourd’hui, beaucoup s’en réfèrent à la religion pour déterminer ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui renforce drastiquement le communautarisme. La morale chez un juif ne sera pas la même que celle d’un musulman, et ce n’est pas le libre arbitre de chaque enfant qui l’aura determiné, mais la religion dans laquelle il baigne.
    Il s’agit de donner aux enfants les outils pour réfléchir par eux mêmes et se libérer des dogmes. Il s’agit de promouvoir la liberté de conscience. Et c’est bien cela la laïcité, l’émancipation par l’éducation en dehors des dogmes, permettant d’atteindre la liberté philosophique, politique, et économique.

    Pour faire un parallèle avec la maçonnerie, c’est exactement la même chose que de te proposer des outils pour ta construction personnelle. Pour moi, le travail que l’on fait en loge, lorsque l’on travaille dans une obédience adogmatique comme la mienne, consiste à apprendre à penser par soi meme. C’est bien de cela qu’il est question ici, sauf que l’on se concentre sur les règles de vie que l’on va se dicter soi meme, par rapport à ce que l’on aura déterminé comme étant juste ou mal.

    Il ne s’agit pas de dicter la morale, mais de permettre aux enfants de se la forger, en dehors des dogmes religieux qui semblent être de plus en plus prégnants sur la jeune génération.

  3. Je prends mon Robert et il me dit la chose suivante :

    laïque ou laïc, laïque : adjectif (latin chrét. laïcus → 2. lai, emprunt au grec laikos « du peuple », de laos « peuple » [opposé à klêrikos → clerc])
    1. Qui ne fait pas partie du clergé. Juridictions religieuse et laïque (➙ séculier). – n. Un laïc, un laïque; une laïque. – par ext. La société laïque, par opposition au clergé.
    2. Indépendant des religions, des confessions religieuses. ➙ neutre. Enseignement, école laïque.

    et

    laïcité : nom féminin
    1. Caractère laïque.
    2. (en France) Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse. – Laïcité de l’enseignement. ➙ neutralité (religieuse).

    Et j’aime beaucoup le Robert… Or pour lui, donc pour moi, la laïcité est bien une stricte séparation du clerc et du maire, du religieux et du civil, du « céleste » et du séculier… Le mot laïc existe depuis le Moyen-âge et désigne celui qui ne fait pas partie du clergé. Strictement. Les mots ont un sens : conservons-le ! Aussi, la loi de 1905 est clairement la loi instaurant la laïcité en République Française, puisqu’elle décrète la fin du lien entre Église et État. Tout le reste, c’est de la philosophie ! Une loi, c’est du concret (même si ça vient témoigner d’une idéologie), et celle-là est on ne peut plus concrète. La problématique du vivre-ensemble s’est posée quant la population française est devenue très hétérogène en très peu de temps, notamment de 1962 à nos jours. Des bouleversements en 40 années que la France n’avait pas connus en 400 ! L’immigration a toujours existé (surtout en France), mais elle avait toujours été jusque-là chrétienne (russes…), voire spécifiquement catholique (italiens, espagnols, portugais…). L’arrivée de l’Islam a bousculé l’inertie « pépère » de la culture française traditionnelle : blanche et catholique. Et aujourd’hui, nous héritons des problèmes qui résultent des « solutions » trouvées à l’époque : le parcage, la négation des cultures (langues et religions) qui diffèrent de la tradition nationale (langue française et christianisme). J’ai longuement réfléchi à cette problématique dans le cadre de mon travail. Et ces problèmes, on les doit à un dogme républicain hérité de la IIIe République : « la République Une et Indivisible ». Concept au demeurant vertueux promouvant l’union de tous, mais faisant fi des différences. Je prône l’union dans la différence quand, au-delà du discours, la République a depuis plus de cent ans défendu l’union dans la ressemblance. Pour vivre ensemble, l’étranger doit se convertir aux valeurs françaises qui elles, ne seront jamais remises en question. Finalement, pour qu’on le tolère, il doit nous ressembler : s’habiller comme nous, parler comme nous, voire s’appeler comme nous. Cela s’appelle l’assimilation ; concept horrible prônant l’uniformisation, et donc la disparition de la différence.

    Voilà de quel contexte émergent les enjeux actuels liés au vivre-ensemble rendu difficile par la cohabitation de communautés (je maintiens ce mot honni de la République) de cultures bien plus différentes (Maghreb musulman-France chrétienne) que lors des expériences passées (Italie/Espagne/Portugal/Russie chrétiens-France chrétienne). Alors on nous pond des lois nostalgiques de ce temps où la France était à 95% chrétienne (loi anti-burqa, anti signes ostentatoires sauf pour les croix…) en les justifiant par un concept qui nous est cher à tous (la laïcité) pour que ça passe mieux, mais personne n’est dupe et voit bien que derrière, une communauté est particulièrement visée : la communauté musulmane ! On s’insurge quand une école coranique ouvre, on crie à l’islamisme, mais on ne dit rien quand, depuis Vatican II des lefebvristes ouvrent des écoles à tour de bras (mes voisins d’en face y ont foutu leur môme), ou quand des petits juifs sont instruits dans des écoles d’orientation orthodoxe. Clairement, moi l’athée qui refuserai de me soumettre à l’un de ces trois monothéismes dont j’abhorre de la même manière les fondamentalismes, je ne puis qu’observer une différence de traitement entre ces religions quand on prône l’égalité dans le discours. Alors je ne viens pas militer pour plus de laxisme pour les musulmans, au contraire. Au même titre que les papillotes et les soutanes pré-Vatican II ne choquent personne, je ne vois pas pourquoi on s’excite particulièrement sur les burqa…

    Or, pour en revenir à la laïcité de 1905, on se rend compte que Juifs et Musulmans demandent des subventions pour construire des « centres culturels », nouvelle appellation des mosquées et synagogues de quartier. Et là, personne ne dit rien, alors que la loi de 1905, c’est justement à ÇA qu’elle s’oppose !!! On utilise un concept pour parer des comportements qui n’étaient pas prévus dans la loi et pour lesquels on a dû en voter de nouvelles, mais quand la loi pourrait s’appliquer, on ne dit rien…

    On marche sur la tête ! La laïcité, c’est donc la séparation de l’Église et de l’État votée en 1905 (or concordat). Le reste résulte de l’esprit de 2000, héritier de 50 années de mal-gestion d’un contexte social que j’ai expliqué au-dessus. Et Peillon vient s’inscrire dans cette tradition qui se dit intégrationniste mais qui agit comme des assimilationnistes. C’est une grave erreur… L’Histoire se répète…

  4. Tu fais du principe de la laïcité un principe d’exclusion, alors que c’est un principe d’union.
    On dit d’une démarche laïque qu’ elle conjugue « la liberté de conscience, qui permet aux options spirituelles de s’affirmer sans s’imposer, l’égalité de droits de tous les hommes sans distinction d’option spirituelle, et la définition d’une loi commune à tous visant le seul intérêt général, universellement partageable ».

    Que la laïcité ait été bafouée, oui, c’est une évidence, elle l’est tous les jours. Mais ce n’est pas de la faute d’un principe qui mérite au contraire que l’on se batte pour le faire respecter, c’est de la faute de ceux, qui comme nos anciens dirigeants, font des amalgames honteux, et s’évertuent a faire de la laïcité un dogme anti-islam, pendant que eux se signent dans les églises, alors qu’ils exercent des fonctions politiques. La Laïcité était déjà dans les têtes lors de la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme de 1789. On ne peut pas la réduire a l’expression de la loi de 1905.

  5. Marrant, en écoutant ça à la radio hier matin, je voulais ouvrir le sujet sur le forum 🙂
    Je vais relire ce que tu as posté Tao, mais je pense que nous n’avons pas la même vision.
    Cette proposition est pour moi la continuité de l’éducation civique, qui se bornait à présenter les bases de nos institutions – au niveau extrêmement basique. À voir comment va sortir cette proposition (il s’agit d’une étude pour l’instant) – mais j’aime le principe et j’aimerais que ce soit participatif, avec de la recherche, du débat, de l’interaction.
    Je suis content que le mot laïcité ait été collé au mot morale – car certains n’ont comme repère que leur religion comme morale (toutes confondues), avec selon les cas les interprétations sympathiques qui vont avec.

  6. Parler de laïcité en 1789, c’est pour moi un véritable anachronisme. Dire par contre que la loi de la laïcité s’inspire du travail des rédacteurs de la Déclaration, là, oui, je partage ! Je ne fais pas de la laïcité un concept d’exclusion. Au contraire, la loi exclut de la sphère publique ceux qui à l’époque avaient le pouvoir d’exclure des membres de cette sphère publique… De là à dire qu’elle vise au vivre ensemble… Il faut la replacer dans son contexte : une guerre belliqueuse entre la IIIe République et un clergé qui s’accrochait à son pouvoir. N’enjôlons pas l’ambiance de l’époque ! Ce que tu décris résulte d’un esprit qui a pu être défendu ENSUITE, une fois que la séparation avait été actée et que la mer s’était calmée… Mais la loi de 1905 était une loi de combat, ne la travestissons pas. Moi, tout ce que je demande, c’est qu’elle soit strictement observée : séparation des Églises et de l’État. Point. Tout le reste n’appartient pas à la sécularisation, mais à un débat de société qui n’a jamais été mené car il touche à un dogme : intégrationnisme (comprendre assimilationnisme) dans une République Une et Indivisible. Ne faisons pas croire qu’une employée de la poste qui porte un hijab ou une croix autour du cou vient menacer la République. Justement, c’est au nom de cette unité que la République exclue et limite une liberté individuelle qui n’impose rien de facto à qui que ce soit. Souvent, ce sont les laïcards qui se sentent agressés par la vue de cette croix qui pend ou de ce hijab. Au même titre que les bourgeois se sentent agressés par la crête multicolore des « punks à chiens » de la petite place que je fréquente quand je vais au bar. Pourquoi ? Parce que la philosophie qui est derrière, dans leur intolérance, les dérange.

  7. L’idée d’une morale laïque, à vrai dire, me dérange un peu.
    Les religions, trop souvent à mon goût, semblent considérer que la morale est forcément religieuse et que, bien sûr, la morale enseignée par leur religion est la meilleure.
    Ma morale est fondée sur des valeurs humanistes. La religion n’a rien à faire là dedans.
    Je n’ai besoin d’aucun Dieu pour comprendre que je ne dois pas nuire à mon prochain , que je ne dois ni tuer ni voler ni « convoiter la femme de mon voisin ».

    Autre point qui me dérange fichtrement : Peillon déclare qui, oui, on doit enseigner la Marseillaise à l’école.
    Mais bon dieu de bon dieu : quelqu’un a-t-il pris la peine de lire ce texte plein de haine et de rejet de l’autre ?

    Chaque fois que j’entends la Marseillaise, j’ai honte.

    Qui sont ces « féroces soldats » qui mugissent dans nos campagnes ?
    Dans quelles veines coule donc ce sang impur dont nous devrions abreuver nos sillons ?
    De quelle origine sont ces barbares indignes de vivre qui viennent égorger nos fils et nos compagnes ?

  8. Claude : dans votre premier paragraphe, je ne vois pas ce qui vous dérange dans ce qui est dit (au contraire, ce que vous dites colle avec les objectifs de cet enseignement).

    Pour la marseillaise, malheureusement tant que c’est notre hymne … il faudra l’apprendre et la connaître. Ça me paraît normal. Je partage par contre vos sentiments sur les paroles – qui sont d’un autre temps (même si l’Histoire est là pour les expliquer … je vois mal comment les expliquer à un gamin à qui on demande de les connaître)

    • Ce qui me dérange, c’est qu’on éprouve le besoin d’accoler le mot laïque au mot morale.
      Pour moi, la morale n’est ni laïque ni religieuse.
      Mais c’est une conception toute personnelle, je le concède.
      Pour moi la morale est inspirée de valeurs humanistes, pas de valeurs religieuses, même si, au sein des religions, on trouve des valeurs humanistes.
      Ce qui me dérange, c’est cette espèce d’appropriation des valeurs morales par les religions.

  9. Pardonnez-moi de vous dire que, parti comme c’est parti, je ne vais pas aller dans l’arène où certains défendent leur point de vue sans chercher à élever le débat.
    Nous nous laissons piéger par les mots, leurs interprétations diverses et variées (rhalala la sémantique, la dialectique, le sophisme, etc…).

    Pour faire plaisir à Claude (et à moi), voici des paroles qui m’enchanteraient de chanter sur la musique de notre hymne national :

    Les paroles de Graeme Allwright (et Sylvie Dien)

    « Pour tous les enfants de la terre
    Chantons amour et liberté.
    Contre toutes les haines et les guerres
    L’étendard d’espoir est levé
    L’étendard de justice et de paix.
    Rassemblons nos forces, notre courage
    Pour vaincre la misère et la peur
    Que règnent au fond de nos coeurs
    L’amitié la joie et le partage.
    La flamme qui nous éclaire,
    Traverse les frontières
    Partons, partons, amis, solidaires
    Marchons vers la lumière. »

    Avouez que c’est quand même plus réunificateur, non?

  10. Si ça ne fait pas du bien, cela ne peut pas faire du mal.

  11. enseigner l’humanité aux élèves, il le faut, sinon l’avenir s’annonce sombre. sans oublier la tolérance, on en a et on va en avoir besoin…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :