La Spiritualité, un travail proposé par Tao

Désolé à tous pour le retard de publication de l’article du soir… Je n’ai pas vraiment d’excuse, si ce n’est que je n’ai pas trouvé le temps… En échange, je vous propose un travail que notre ami Tao a fait, et qu’il m’a proposé de partager ici. Bonne lecture !

——————–

Où pouvais-je, mieux qu’ici, exprimer ce qui me taraude depuis quelques jours au fil des commentaires de divers articles ? Je me rends compte que quelques soient les articles, les débats terminent toujours par tourner autour du concept de spiritualité. Cependant, personne ne s’est évertué à le définir. Alors certes, chacun mettra ce qu’il veut derrière ce concept, mais je viens quant à moi vous en délivrer ma vision, à cet instant T de ma vie.
Pour répondre à cette question « Qu’est-ce-que la spiritualité ? », j’ai repris (et modifié) un texte envoyé il y a quelques mois sur un forum maçon, lui-même inspiré d’un texte de cinq pages que j’avais écrit en février 2010. J’avais été incroyablement surpris de voir à quel point j’avais pu évoluer sur maintes questions. De nombreuses pensées de l’époque restaient d’actualité, mais j’avais bougé sur énormément d’autres… Ainsi, tous les développements et affirmations qui suivent n’expriment que ma pensée actuelle et sont, à ce titre, à considérer comme une vérité, la mienne, donc relative et non pas absolue. Quand je vois à quel point j’ai pu bouger en deux ans, je me garderai de dire que ce qui suit est ma vérité éternelle…

Spiritualités transcendantes, spiritualités immanentes

Avant de m’engager dans une définition personnelle de la spiritualité, je souhaite préciser ce que j’entends par transcendance et immanence.

Le Petit Robert nous dit de la transcendance ce qui suit.
1. Qui s’élève au-dessus du niveau moyen. ➙ sublime, supérieur.
2. philos. Qui suppose un ordre de réalités supérieur, un principe extérieur et supérieur (opposé à immanent).
La transcendance porte donc une valeur liée à la verticalité.

Sur l’immanence, le Petit Robert, toujours nous dit :
philos. Qui est contenu dans la nature d’un être, ne provient pas d’un principe extérieur (s’oppose à transcendant).
L’immanence porte donc, au contraire, une valeur liée à l’horizontalité.

Arrive maintenant le temps de définir ce que j’entends par spiritualité. Commençons par un petit peu d’étymologie. Spiritualité vient du latin spirito et de sa déclinaison spiritualis, signifiant « relatif à l’esprit ». Aussi, tout être humain est naturellement spirituel parce que tout être humain possède un esprit et qu’il s’en sert. Je crois que l’homo sapiens sapiens est incontestablement un homo spiritualis. Cette qualité inhérente aux êtres humains (et peut-être à certains voire tous les animaux, qui sait…) peut cependant s’exprimer de multiples manières (religions, philosophies…) et s’incarner dans de multiples méthodes (arts martiaux, ascèses, franc-maçonnerie…).
Comme tout est équilibre, la verticalité ne peut s’exprimer en dehors de toute horizontalité. Les formes que pourra revêtir la spiritualité adopteront donc toute, à un moment ou à un autre, les deux principes. Seule différera la place qui leur est accordée. Ainsi certaines formes de la spiritualité donneront le primat à la verticalité sur l’horizontalité, et d’autres l’inverse. Voici un schéma illustrant ces deux visions.


Schéma de la transcendance Schéma de l’immanence

Ainsi, dans une spiritualité transcendante, s’opère une relation avec quelque chose qui nous est supérieur, laquelle va agir sur nous et nos interactions avec nos pairs. Dans une spiritualité immanente, des relations s’opèrent à travers nos interactions avec nos pairs, lesquelles nous permettront de sonder en nous, de nous nourrir de celles-ci pour enrichir à nouveau nos relations avec ces pairs.
Je me retrouve indubitablement dans le second schéma : il n’y a pas de spiritualité hors de l’être humain, et rien, aucun principe, ne lui est supérieur. Il n’y a rien au-dessus de la matière, et notre spiritualité est donc forcément matérialiste. J’ai d’ailleurs le fort sentiment que nous avons beaucoup de choses à découvrir de notre spiritualité à travers l’exploration de notre cerveau. Pour moi, tout est subordonné à la matière. Une idée ou un ressenti semblent immatériels quand ils ne sont qu’invisibles. L’idée résulte de processus électriques neurologiques, de même que le ressenti qui en plus pourra venir se manifester dans le corps, visiblement (frisson, pleur, rire…). L’erreur serait de croire que ce qui n’est pas visible n’est pas matériel. Donc sans matière, pas d’idée !

Maintenant qu’elle est définie, on se rend compte que la spiritualité, attribut humain (et quand on observe le bonobo, l’éléphant, le corbeau ou le poulpe, on peut s’interroger…), est souvent confondue avec la forme qu’elle peut revêtir. Les deux plus communes sont la religion et la philosophie, les deux filles de la spiritualité.

De la religion

Le mot religion puise sa signification dans la racine latine religio qui signifie « relier ». On remarquera que la racine ne spécifie pas ce qui est relié, ni à quoi. Donc au niveau purement étymologique, on pourrait concéder à une interprétation originale que la religion a pour but de relier les humains entre eux. Cependant, la religion cherche plus probablement à « relier le Ciel et la Terre » et donc plus grossièrement Dieu et les Hommes. Tout du moins, si l’on est plus prudent sur cette réduction à Dieu et les Hommes, la religion porte une forte propension à la transcendance. D’ailleurs, le Petit Robert nous en donne la définition suivante.
1. La religion. Reconnaissance par l’être humain d’un principe supérieur de qui dépend sa destinée; attitude intellectuelle et morale qui en résulte.
2. Croyance, conviction religieuse (de qqn). ➙ foi.
3. Une religion. Système de croyances et de pratiques propre à un groupe social. ➙ culte.
Sous toutes ses formes existantes, la religion est encadrée par des dogmes, des vérités considérées comme universelles et inébranlables par ses adeptes (pour les catholiques : péché originel, immaculée conception, transsubstantiation, salut, trinité ou dieu unique…), qu’ils soient monothéistes (judaïsme, christianisme, islam…), polythéistes (hindouisme, mythologies antiques…) ou encore animistes (vaudou, culte des ancêtres et de la nature…).
Forme de spiritualité également pourvue de ses dogmes, le bouddhisme est pour moi une religion, mais un peu particulière. Cela peut paraître paradoxal pour un Occidental ou un héritier des cultures de la Méditerranée, mais le bouddhisme a bien toutes les caractéristiques d’une religion tout en étant athée, de a-theos, soit la racine grecque de « dieu » précédée du a- privatif, c’est-à-dire « sans dieu ». Cela n’est pourtant pas incompatible, la preuve. Même si de nombreuses écoles bouddhiques arboreront des idoles représentant des déités, ces dernières sont souvent les réminiscences de cultes antérieurs mais ne sont nullement liées intrinsèquement à la doctrine bouddhiste. Comme on l’a vu dans la définition du dictionnaire, la religion doit également se « pratiquer ». On pourra donc dissocier une religion (chrétienne, taoïste…) de sa philosophie si l’on n’en pratique pas le culte.

De la philosophie

Le terme philosophie vient du grec philo-sophos qui signifie « qui aime, qui recherche la sagesse ». A travers les âges, les différents courants philosophiques ont pu adopter des points de vue idéalistes ou bien matérialistes ; porteurs de transcendance ou d’immanence ; théistes, déistes ou bien athées… Et si la religion est forcément dogmatique (croyances en des vérités universelles et immuables), la philosophie, selon le courant dans lequel elle s’exprime, peut l’être aussi, mais pas forcément (ex : Scepticisme grec…).

De la revendication d’une spiritualité

La spiritualité, contrairement à ses filles la religion et la philosophie définies ci-dessus, n’est pas adepte de la tolérance, mais bien de l’acceptance. Je ne fais pas référence ici à l’acceptation qui, de par son suffixe -ation, a la valeur étymologique de l’action et du résultat. Je pense en effet qu’accepter relève plutôt du processus continuel que du résultat qui induit une action finie et donc la mort de la remise en question. Par son suffixe -ance, le terme acceptance a étymologiquement la valeur de qualité. Ainsi, la tolérance est la valeur de celui qui tolère, l’acceptance est la valeur de celui qui accepte. L’acceptant va donc plus loin, dans sa relation avec ses pairs et dans sa compréhension de ceux-ci, que le tolérant qui, avec suffisance, va « autoriser » l’existence de la personne différente.
De la spiritualité ou de ses filles la religion et la philosophie, je préfère sans conteste me réclamer de cette première, plus vaste, que je pense être universelle (dans la nature des humains) et qui donc nous rassemble tous, malgré les chemins épars que nous avons choisis pour lui permettre de se manifester (à travers les cultures humaines). La spiritualité ne saurait être dogmatique, ce qui est enviable, puisqu’avec l’apparition du dogme naît le risque d’un extrémisme à travers le fondamentalisme. Il y aura toujours des personnes pour prendre pour argent comptant la totalité du dogme (du grec dogma, « opinion ») sans le remettre en question, et ce jusqu’à ce qu’il devienne une doctrine (du latin doctrina, « enseignement »). Et c’est à partir du moment où l’on considère que l’opinion doit être enseignée que la dérive fondamentaliste est possible, avec tout le rejet des opinions divergents qu’elle implique. La spiritualité, elle, tâche de ne pas prendre parti, de rester ouverte. Elle considère toute chose « relative à l’esprit » comme sienne, sans y adhérer pour autant, en laissant au passage les mains libres à l’esprit critique. La spiritualité, ne désignant pas quelque chose d’aussi spécifique qu’une religion ou une philosophie, permet ainsi une totale individualisation des croyances. Tout ce que son étymologie nous dit, c’est qu’elle traite de ce qui est relatif à l’esprit, sans pour autant revendiquer un lien entre l’humain et quelque chose, ni se targuer de l’amener vers la sagesse ou ailleurs. Cependant, il est vrai qu’elle exige plus de temps et d’investissement de la part de la personne qui s’en réclame. Pour expliquer cela je ferai une analogie.
Que ce soit de manière très sophistiquée ou très simple, tout humain s’habille, ne serait-ce que d’accessoires. Cependant, les habits ne seront pas les mêmes selon la culture de celui ou celle qui les porte, son genre, sa classe sociale, etc. En effet, dans une même culture, le pauvre portera le vêtement qu’on lui donne, ne pouvant s’en acheter par lui-même. Ce vêtement n’aura pas d’autre intention que de subvenir au mieux à ses besoins strictement nécessaires ; se protéger du froid ou du chaud par exemple. Pour la classe moyenne avec plus de moyens, la stricte protection n’est plus le seul critère à entrer en compte. On s’interrogera également sur le style que l’on choisira parmi les différentes offres du prêt-à-porter. Enfin, les plus riches d’entre nous auront les moyens de se confectionner des vêtements sur mesures capables de subvenir aux besoins primaires tout en s’adaptant parfaitement à la personne qui se les est conçus.
Ce que cette analogie illustre, c’est que plus nous sommes « riches » de culture, de temps et d’intérêt pour nous y consacrer, plus notre système de croyance sera individualisé. A défaut d’être mesurable, notre « Quotient Spirituel » pourrait s’évaluer au temps passé à analyser notre position et à la qualité de cette analyse : que crois-je, pour quelles raisons crois-je ainsi, puis-je croire autre chose et autrement ? Jamais ne doit se poser la question : ce que moi ou lui croyons est-il la Vérité ? C’est là l’intérêt de la spiritualité, de ne pas avoir de dogmes pour juger si quelqu’un ou soi-même est déviant. Peu importe le résultat pourvu que l’on (se) pense. On peut en revanche regretter le manque de réflexion, voire dans des cas extrêmes l’écholalie que l’on perçoit chez toute personne dogmatique. Mais celle qui se réclame de la spiritualité ne peut que se contenter d’encourager l’autre à s’interroger sur et par elle-même. Elle ne peut pas vouloir la faire adhérer à son système de pensée, puisqu’elle se l’est construit seule et qu’il ne conviendra par conséquent qu’à elle seule. Plus les références avec quelqu’un d’autre seront communes, plus leurs systèmes de pensée seront naturellement semblables. Mais quelqu’un s’étant véritablement et profondément interrogé ne pourra partager un système totalement identique avec autrui ; et c’est cette altérité qui est belle. Dans ce cas, on parlerait d’aliénation (du latin alienare qui signifie « rendre autre »). Ainsi en faisant du prosélytisme, on souhaite « rendre autre » notre interlocuteur en le privant de surcroît de la réflexion qui lui permettrait de trouver son système sur-mesure, le seul qui vaille. On ne peut en effet que très rarement habiller autrui avec des vêtements qui ont été taillés sur mesure pour nous-mêmes.

De l’universalité de la spiritualité

Si, comme je l’ai expliqué plus haut, mon intime conviction est que nous sommes tous, sans exception, des homo spiritualis, je vais désormais soutenir cette thèse.
L’essence même de ce qui nous unit tous, c’est avant tout la vie et l’autre face de la même pièce, la mort. Nous nous dirigeons tous, qui que nous soyons ou avons été durant notre existence, vers cette finalité. Qu’en est-il alors de la mort dans ma vision de la spiritualité ? Quand notre cœur s’arrête de battre, notre corps est destiné à remplir son rôle dans le cycle de la vie et de la nature, c’est-à-dire nourrir les êtres de la terre et s’y décomposer. Qu’en est-il de l’esprit ? Il est matériel et alimenté par nos fonctions vitales, notamment cérébrales. Mais sous prétexte que nous sommes des humains, nous voudrions nous réincarner ou accéder à un paradis… Je ne le crois pas. Le seul privilège que nous avons, c’est notre conscience. Et le mort est et restera mort pour toujours. A la différence de la majorité des animaux, les gens qui restent, eux, se souviennent de leurs morts. C’est de cette manière que l’on pourra dire que les morts survivent à travers la mémoire des vivants. Quand plus personne ne se souviendra d’eux, alors seront-ils morts pour de bon. Il est des personnes qui ont le privilège (si c’en est un) de ne jamais être oublié de par le rôle qu’ils jouèrent dans l’histoire d’un pays, d’une famille, ou autre. Eux seuls pourraient être appelés des Immortels. Andy Warhol avait prédit que tout le monde aurait son quart d’heure de gloire au XXIe siècle. A une époque où les grandes doctrines s’effritent, où les réponses toutes faites ne satisfont plus, l’Occident se dirige alors vers le vedettariat, le futile, le furtif… Peut-être est-ce là la traduction inconsciente d’une envie d’appartenir au cercle très fermé des Immortels, en grignotant quelques mois, ou quelques années de souvenirs. C’est en effet difficile à accepter, d’admettre que nous ne sommes rien d’autre que ce que nous sommes, ici pour vivre et éventuellement survivre plus ou moins longtemps à travers les autres. C’est là la spiritualité moderne. Elle ne se situe plus dans le pourquoi nous sommes sur Terre, ni dans le où nous allons par la suite. Elle est dans le comment vivre avec l’autre et le qui nous souhaitons être.
C’est une pulsion propre à l’humain que de se vouloir propriétaire de ce qu’il voit, est ou croit avoir. « Comment la Nature, la Vie, ou Dieu selon vos croyances auraient-ils pu nous faire l’affront de rendre nos existences si courtes ? Et alors tout ce que j’aurais amassé si durement pendant toute ma vie ne servirait donc à rien ? La mort et c’est tout ? » Et pourquoi pas ! La vie, une œuvre éphémère… L’Art éphémère à son paroxysme, un art dont la matière première serait la Vie elle-même. J’aime assez l’idée… Je crois que la plante et même l’animal le vivent bien. L’humain devra faire son deuil. Telle est ma vision. Ce monde ne nous appartient pas, nous devons le laisser à nos enfants, nous n’avons aucun droit de le réclamer pour nous plus longtemps que notre myocarde ne nous le permet.

L’absurde est certainement le sentiment le plus insupportable à l’être humain. Cependant, à ce que l’on sait aujourd’hui, seul lui affirme que la vie a un sens. Je ne le crois pas. Je crois que notre univers s’est créé par hasard, que les conditions de l’émergence de la vie dans une galaxie donnée, dans un système solaire donné, sur une planète donnée, sont également dues au hasard. Du chaos initial, un ordre s’est mis en place par hasard, quand tel atome s’est créé pour en rencontrer un autre et se structurer en quelque chose de plus complexe, jusqu’à l’émergence de la vie. Nous sommes finalement une partie d’un Tout ordonné mais qui nous dépasse par le temps et l’espace qui le définissent et qui est, c’est mon sentiment, absurde par le non-sens qui l’anime. Et puisque le sens ne pourra pas émerger de tout cela, c’est à nous qui ne pouvons vivre sans, de travailler à en donner un, à notre petite échelle humaine, à travers le vivre-ensemble et le lien social qui nous unit.
Aussi, pour donner du sens à cette réalité qui nous parait absurde, les êtres humains partent donc en quête d’un absolu, quel que soit le nom qu’ils lui attribuent ou la façon dont ils l’envisagent afin de donner un sens à leur vie. Afin de se divertir (au sens pascalien) de la réalité absurde de l’univers dans lequel nous nous trouvons. L’artiste est en quête du chef d’œuvre. Le religieux est en quête de dieu. Le philosophe est en quête d’un principe. Le politicien est en quête d’un idéal. Le scientifique est en quête de savoir.

De la reproduction des systèmes religieux

Même après éclaircissement des termes et acceptation de ceux-ci, qu’en est-il des personnes qui refuseraient tout de même l’idée de spiritualité inhérente aux être humains ? Quand les vieux modèles viennent à s’épuiser et que la force des symboles disparait, nous reproduisons par fatigue intellectuelle ces systèmes ancestraux, en les maquillant de la modernité. Prenons trois exemples : le néo-monothéisme socialiste, le néo-monothéisme psychanalytique et le néo-polythéisme people.
Le plus bel exemple d’après moi, est ce que j’appelle le néo-monothéisme socialiste. Tous les éléments constitutifs d’une religion sont présents à travers son histoire. Tout d’abord, au départ, un dieu en la personne de Karl Marx. Puis des textes fondateurs tels Le Capital ou encore Le Manifeste du Parti Communiste. De ce dernier découle une organisation hiérarchique et doctrinaire en les formes du Parti Communiste à l’échelle des pays, et de l’Internationale à l’échelle du monde entier. Cette dernière donne naissance à un hymne fortement identitaire, et même sacré. Le socialisme connait ensuite une myriade de saints dont certains sont même morts en martyr pour la cause, tels Engels, Jean Jaurès, Trotski, Rosa Luxembourg, Lénine, Mao, Guy Môquet ou le Che Guevara. Il existe ensuite des mythes fondateurs vénérés, tels La Commune, ou la Révolution de 1917 dont on se plait à relire et à se raconter les histoires encore et encore en multipliant parfois les allusions dans la vie quotidienne. Enfin, comme dans toute religion, se créent des schismes d’où découlent des courants de plus en plus nombreux et parfois rivaux, tels le stalinisme, le maoïsme, le castrisme… D’autres schismes plus importants ont lieu d’ailleurs dès le départ, telle une seconde voie à celle que l’on vient de décrire et qui est plus connue sous le nom de communisme. Cette seconde voie, c’est l’anarchisme. Mais là encore, les mêmes schémas se reproduisent. Les dieux ou prophètes – c’est selon – comme Bakounine, Proudhon, Kropotkine, Reclus… Les textes fondateurs comme Dieu et l’Etat, L’Entraide… Les organisations telles que la Confédération Nationale du Travail, l’Association Internationale des Travailleurs… Les saints et les martyrs tels que Louise Michel, Blanqui… Les mythes tels que le drame de Kronstadt, l’expérience de Barcelone en 1936, la Commune de Oaxaca… Et une fois encore les schismes comme le bakouninisme, le proudhonisme, et tous ce que j’appelle les « anarcho-tirets » qui sont légion. Ainsi on le voit bien, même chez les plus matérialistes, on reconstruit des systèmes en répétant paradoxalement les structures qu’on honnit.
De la même manière, on observe le même phénomène chez un autre détracteur de la pensée religieuse, la psychanalyse. On a tout d’abord un Dieu créateur en la personne de Sigmund Freud. En guise de livre sacré, nous possédons ses écrits, ouvrages comme articles. De même que dans les corpus socialiste et religieux, il est nécessaire d’être initié au jargon pour en comprendre le sens, l’essence et la subtilité. Nous avons également des figures mythologiques fondatrices immuables dont on lit les histoires encore aujourd’hui, telles que Anna O, Dora, le petit Hans, l’homme aux rats, l’homme aux loups ou encore le Président Schreber. Ensuite on assiste à des schismes une fois encore menant à la constitution de courants tels que le lacanisme, le kleinisme, le jungisme…
Enfin, le plus récent et le plus inquiétant car le plus « rempli de vacuité » est le néo-polythéisme people. Des (demi-)dieux, étoiles (stars) intouchables et hors du monde (tout du moins le nôtre, terrestre) vivent des vies extra-ordinaires et immortelles (au sens ci-dessus expliqué), presque rendues magiques par le Spectacle cher à Debord, éblouissent un peuple en dévotion. Scandales, guerres et toutes autres composantes des mythologies antiques sont racontés dans les nouveaux livres sacrés que sont les magazines.
Oui, je le maintiens, nous sommes tous à la recherche, avec plus ou moins de succès, d’une structure qui nous permette d’assouvir notre soif de spiritualité ! Nous sommes des homo spiritualis !

Au vu de tous ces éléments, je crois pouvoir dire voici la vision de la spiritualité à laquelle j’adhère… aujourd’hui !

Publicités


Catégories :Non classé

Tags:, ,

13 réponses

  1. Cette construction est fort bien étayée…mais peut-on qualifier le « Tao » de structure?

    « La voie qui peut s’énoncer
    N’est pas la Voie pour toujours
    Le nom qui peut la nommer
    N’est pas le nom pour toujours
    … »
    (traduction d’après François Houang et Pierre Leyris
    Tao tê king Points sagesse)

  2. Il y a deux choses dans ce que tu dis :

    1) Là, c’est un avis, encore un, mais je pense que oui, le Tao peut être qualifié de structure. Il est Ordre (indicible, certes), mais pas Chaos.

    2) La citation que tu donnes, qui sont les tous premiers vers du Dao de Jing par Laozi, ne viennent pas réfuter l’idée que le Tao pourrait être structure, mais que a) il est, et 2) il est indescriptible et donc qu’il est vain d’essayer de le faire. Ce que ce vers vient dire, c’est que tout mon exposé est inutile car je tente de décrire l’indescriptible… Bref, que je n’ai point été très taoïste sur ce coup-là 😉

  3. Bonjour à tous,
    Rapprocher les mots « Mao » et « saint » est pour le moins audacieux…

    La spiritualité transcendante, comprise au REAA (ma version étant celle de la GLDF… par honnêteté, je précise…), ne relie pas à « quelque chose qui nous est supérieure, laquelle va agir sur nous et nos interactions avec nos pairs ».
    – Supérieur, oui… mais dans le sens inatteignable : le F. M. cherche la Lumière, tout en sachant qu’il ne l’atteindra jamais.
    – En revanche, sur l’action sur nous et nos interactions avec nos pairs… je tombe de mon siège. Ce n’est plus ma spiritualité, ou plutôt, ce n’est plus ma spiritualité maçonnique. Les F.M. que nous sommes ne croient pas de manière obligatoire à quelque chose qui agirait sur nous, tel un vieux barbu perché sur son nuage. Et pourtant, cela ne m’empêche pas de penser que notre spiritualité reste transcendante. Notre spiritualité n’est donc pas nécessairement matérialiste (quelle horreur !!).

    Bon, d’accord, j’arrête avec mon intransigeance… je crois qu’elle me ramène par trop au matériel.

  4. Ton commentaire est intéressant. Je répondrai cependant à certains points :

    – Je n’ai pas rapproché « Mao » et « saint », mais « Mao » et « martyr », dans une dimension laïque. Cependant, même si je l’avais fait, il aurait été évident que ça n’aurait pas été mon avis, mais le témoignage d’un avis qui a déjà pu être défendu par le passé.
    – J’aime beaucoup l’interprétation de « supérieur » à rapprocher « d’inatteignable », c’est à dire un supérieur qui ne se manifesterait pas dans la verticalité… Très intéressant. Mais dans ce cas-là, sans verticalité, plus de transcendance… C’est peut-être pour ça que j’aime l’idée ! 😀
    – Je n’ai pas dit que la spiritualité était nécessairement matérialiste. J’ai dit que pour moi, aujourd’hui, elle l’était. C’est très différent, hein. Je ne fais état que de la vision parcellaire que je pourrais avoir de la Vérité.

    A mon tour de poser une question : qu’entends-tu par une spiritualité transcendante qui n’agirait pas sur toi ?

    Je n’ai pas lu d’intransigeance dans tes propos. 😉

  5. Ton travail est très utile…il nous fait nous poser moult questions et nous donne une base pour dialoguer…MERCI;(si tu n’avais pas le pseudo de Tao, bien s^r je n’aurai pas posé cette question!)

    Pour moi, Tao n’est pas une stucture, il releve de la strucrure et de la non structue, fut elle Chaos,
    car Tao est soit dans le ternaire soit dans la non dualité…mais pas sur une seule colonne…
    A dire vrai je crois aussi qu’inconsciemment beaucoup cherchent plus la Lumière qu’une structure, le danger étant dans notre symbolique de nous prendre pour une « pierre » dont on essaie de changer
    la structure en la travaillant alors que la transformation souhaitée est plus « subtile »… ne tout ca&s tu as fais un « sacré » boulot, ton esprit d’analyse est remarquable et ton pseudo difficile à porter!

  6. Ce genre de sujet ne m’a jamais interpellé ; mais là, j’ai pris plaisir à te lire. Merci Tao.

  7. Merci de nous faire partager ta vision de la spiritualité cher TAO.

  8. Brillant exposé, cher Tao. Cela pourrait servir de base pour une thèse qui ne ferait pas figure de parent pauvre.
    Cependant, je me demande si, à force de vouloir décortiquer la spiritualité, on oublierait pas de la vivre? Ce n’est qu’une interrogation.

    Ce qui me rend optimiste pour la suite de ton cheminement, c’est de lire que tu constates des changements en toi. Peut-être que dans deux ans j’aurai le bonheur de te relire sur ce thème et que ton texte futur rejoindra l’épure.
    Travaillons et persévérons. 🙂

  9. Merci @Tao !
    « Une science, c’est une langue bien faite » disait Condillac. Une philosophie aussi, je crois. Il est agréable de voir un lieu de rencontre maçonnique ouvert, essayer d’assumer pleinement la dimension “spéculative” de notre engagement. J’apprécie cet effort de clarification “des mots pour le dire”. Mais il est vrai aussi qu’on n’a jamais fini de tailler la pierre du sens des concepts ; et que le miracle d’’une langue commune ne nous garantirait pas pour autant un langage commun. J’ai le sentiment que les efforts accomplis depuis quelques années pour arracher le terme “spiritualité” aux idéologies religieuses dominantes, demeurent vains. La spiritualité religieuse prend son envol avec la transcendance des Idées de Platon. Le monde réel a désormais un double merveilleux. Deux millénaires de christianisme – ce “platonisme pour le peuple” disait Nietzsche – ont vitrifié, définitivement je crains, ce beau et doux mot de “spiritualité”. J’ai donc décidé d’aller me faire voir chez les Grecs (qui ont d’ailleurs besoin de soutien en ce moment) et de me contenter, en tant qu’athée, de la quête philosophique d’une sagesse.

  10. Qui disait « athée, grâce à Dieu » ?
    Mieux vaut un athée spirituel qu’un religieux borné.
    Mais l’inverse est vrai aussi, hein !

  11. Bonjour Irène et bon we….tu sais (ou peut être pas?) qu’on attend impatiemment tes éclaircissements en fin de commentaires sur « Sortir de la Religion » à tout bientot….Zao

  12. Ah bon? Ben je vais aller voir alors.
    Bon vicande Zao et à bientôt. 🙂

  13. J’avoue ne pas me retrouver dans ton opposition, immanence/transcendance, il existe des spiritualités qui englobent les deux concepts (Plotin ou certains courants bouddhistes) c’est pourquoi la radicalité de l’opposition me parait artificielle et il me semble possible de dépasser cette dualité…d’ailleurs le travail maçonnique exige de concilier la verticalité et l’universalité…Quant à la question du dogmatisme elle ne se rattache pas plus à la religion qu’à la spiritualité par « nature », le Bouddhisme par exemple exhorte à n’adhérer qu’aux propositions que l’on aura longuement méditées et éprouvées, le doute est indissociable de la foi, même chrétienne (pour l’Islam et le judaïsme je ne me prononcerai pas)…Quant à la philosophie, elle est faite pour l’essentiel de questions et de propositions, toujours discutables. Le dogmatisme est plus une affaire de posture que de domaine, Je connais d’ailleurs paradoxalement nombre de frères qui ont monté l’a-dogmatisme (en compagnie d’autres « valeurs maçonniques ») en dogmes indiscutables pour produire ce paradoxe vivant qu’est le libre-penseur intégriste…Sur ce sujet, à savoir la spiritualité, la nature de l’esprit et son rapport à la matière, il me semble que nous ne pouvons que demeurer « que » dans l’approximation (n’ y voir aucune intention péjorative). De fait, je pense que la meilleure illustration de tout cela demeure « l’allégorie de la caverne  » de Platon…Elle explique autant la destruction des tables de la loi, la crucifixion du christ que le sourire du Bouddha…Bon elle n’explique pas la logorrhée intarissable de J-C Vandamme, qui reste l’un des seuls « Vrais » mystères de cet univers…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :