Paroles d’un maçon anonyme #2

En ce dimanche pluvieux, qui nous laisse un peu de temps à consacrer à la lecture, je vous propose un nouvel épisode de « Paroles de maçon anonyme ».
Aujourd’hui, nous allons nous tourner vers le Droit-Humain, Fédération de Belgique, et ce n’est pas un, mais deux intervenants que je vous propose d’écouter. En effet, c’est un couple de maçon qui m’a fait l’immense plaisir de participer à cet interview anonyme. Chaque question sera donc suivie de deux réponses. Sans plus attendre, je vous propose de découvrir ce qu’ils ont à nous dire.

Un très grand merci à vous deux pour votre participation !

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– On entend souvent le GM du GODF, et celui de la GLDF s’exprimer dans les médias, alors que des milliers de maçons anonymes ne prennent jamais pas la parole. Qu’as-tu envie de leur dire à tous deux ?

Elle – Je ne suis membre d’aucune de ces deux Fédérations.
En Belgique, il reste d’usage que la FM ne s’exprime pas, par prudence, dans les médias.
Toutefois, si nous devions le faire, les maçons anonymes ont toujours le choix de le faire, soit via leur RL et courrier adressé à leur Fédération, qui répercutera alors elle-même aux médias, à son choix.
Soit sous leur nom propre, sans dévoiler leur appartenance, dans une Carte blanche dans la presse par exemple.
A titre personnel, mon interaction avec le monde profane s’effectue via cette seconde solution, ainsi que dans mon action quotidienne au travail ou en société.

Lui – Que lorsqu’ils prennent la parole, c’est en leur nom propre, pas au nom de leur obédience (en tout cas, pas au nom de tous leurs frères et sœurs). Et s’ils expriment des points de vue discutés en convent, ils le précisent.Je n’ai pas besoin de la presse pour m’exprimer et je n’envie pas leur position lorsqu’ils sont questionnés sur des sujets difficiles. Leurs réponses seront toujours sujettes aux interprétations de tous; certains maçons s’en féliciteront, d’autres s’en offusqueront et les anti-FM détourneront les propos pour appuyer leurs thèses.
Cependant, il est bon de montrer que les franc-maçons sont des hommes et des femmes comme tout le monde, et peut-être que d’interviewer les GM peut donner une image d’une FM intellectuelle de haut niveau alors que nous représentons toutes les couches sociales.

– Tu as choisi de te faire initier au Droit Humain, pourquoi ce choix ?

Elle – Je n’ai pas été initiée au DH (Fédération belge) mais à la GLFB (Grande Loge Féminine de Belgique). Je n’ai rejoint le DH qu’après avoir obtenu mon grade de maître. Ce choix a été conditionné par le fait que mon initiation a été réalisée jeune (25 ans) et que 4 ans plus tard, je désirais plus d’ouverture vers une RL mixte et m’enrichir des apports des maçons masculins.
Lui – Je n’ai pas choisi ; je connaissais des sœurs et des frères du DH et c’est naturellement que je me suis tourné vers eux. Le DH était également garant de la mixité en loge, ce qui me tient à cœur. Cela ne sous-entend pas que je ne respecte pas le choix de ceux qui préfèrent des loges exclusivement masculines ou féminines ; c’est leur parcours et c’est certainement un besoin aussi important à leurs yeux que ne l’est la mixité pour moi.
– Qu’étais-tu venu chercher en maçonnerie, et qu’y as-tu trouvé ?
Elle – La fraternité vécue au quotidien, le partage d’un état d’esprit et la formation y afférente, le vécu d’un processus d’initiation.
Si j’ai trouvé les 2 derniers, le premier a été plus délicat et est toujours le résultat des interactions humaines, donc un équilibre pas aisé à trouver.Lui – Au départ je cherchais l’échange avec les autres, apporter de soi et partager pour apprendre.
J’y ai trouvé beaucoup plus ; la notion de fraternité, le travail sur soi, une approche du symbolisme, l’écoute des autres, le ressourcement lors des tenues …

– Ton entourage est-il au courant de ton engagement, et pourquoi leur as-tu dit, ou leur as-tu caché ? Dans le cas où tu leur as dit, comment ont-ils réagi ?

Elle – Seule ma mère est au courant. Elle y était formellement opposée  au temps de mon initiation, pensant que ce n’était pas « un endroit pour moi ». 20 ans plus tard, elle y est indifférente.
Je n’ai rien dit à mon père car je pense que cette démarche lui aurait été incompréhensible. Aujourd’hui encore, il est imprégné de culture catholique et pourrait avoir une attitude de rejet à mon égard.
Aucun autre membre de ma famille n’est au courant.
Mon compagnon étant maçon, pas de soucis de ce côté-là.

Lui –  Ma compagne étant elle-même maçonne depuis de nombreuses années, oui bien entendu ; c’est elle qui m’en a parlé progressivement. Par contre elle n’a jamais voulu intervenir sur mon entrée en maçonnerie, laissant ce travail à ma marraine et mon parrain pour ne pas influencer mes choix.
Pour le reste, aucun des profanes que je côtoie n’est au courant ; même pas mes enfants (tous adultes). Peut-être que quelques amis s’en doutent vu quelques symboles qui ont trainés dans la maison (un tableau, un verre gravé), mais jamais ils n’y ont fait allusion. C’est un choix personnel et respecté comme tel.

– Lorsqu’au cours d’une discussion, le sujet dévie sur la maçonnerie, restes-tu pour écouter ce qui se dit, ou pars-tu ? Dans le cas où les gens se tromperaient sur la maçonnerie, interviendrais-tu pour les corriger ?

Elle – En général, je reste à écouter, car il est toujours utile de se rendre compte du regard extérieur.Quand les gens se trompent, j’agis avec une extrême prudence car je protège le plus possible mon appartenance. Soit il s’agit d’une erreur manifeste et qui peut être corrigée sans faire appel à des connaissances internes à la FM, alors il se peut que j’intervienne sur le ton de l’humour. Du genre : ah bon, « tu crois ? tiens, ce n’est pas ce que j’ai entendu/lu dans la presse/sur internet, mais plutôt… »
Par contre, si je sais pertinemment que les personnes qui en parlent ou m’interrogent ont de mauvaises intentions, je leur dis que je n’y connais rien et que ce sujet ne m’intéresse pas. Idem avec des personnes étrangères. C’est également le cas dans mon milieu professionnel, où je fuis ce genre de discussions.

Lui – C’est le point difficile ; je n’aime pas les ragots de bas étage.
Souvent, je cite des amis « dont je ne peux dire le nom » qui sont FM et s’engagent à respecter des principes d’humanité du mieux qu’ils le peuvent. Bien entendu, je dis aussi que je sais que certains politiciens ont joué de leur appartenance pour s’enrichir, mais que ceux-là ne devaient pas vraiment être aussi maçons qu’ils ne le disent.
Je compare souvent les réunions de maçons aux sorties d’églises ou au club sportif où chacun rencontre qui il veut et peut discuter philosophie, affaire ou cul sans que l’on n’en fasse tout un plat. Pourquoi en serait-il différemment chez mes amis francs-maçons ?

– As-tu déjà parrainé quelqu’un ? Et si oui, qu’est-ce qui t’a fait dire que cette personne trouverait sa place en entrant ?
Elle – J’ai marrainé 2 personnes au DH (Fédération belge).
Dans les deux cas, ce fut au terme de plusieurs années de relations d’amitié profonde. Je les ai imaginées dans ma Respectable Loge et la manière dont elles pourraient y trouver leur place, j’ai testé un peu leurs relations aux rituels et au symbolique, et surtout leurs capacités de fraternité
Lui – Non, je n’ai pas encore le nombre d’années nécessaires pour le faire. Je pense qu’il faut avoir de la bouteille pour ne pas se tromper sur ce terrain.– Crois-tu que tu pousseras tes enfants à entrer en maçonnerie ?Elle – Non, ce sera son propre choix, même s’il sait que j’en fais partie.

Lui – S’ils ont les qualités requissent, oui. Mais le terme « pousser » ne convient pas ; je leur en parlerai si un jour je pense qu’ils sont prêts, mais jamais je ne les « pousserai » à le faire.

– Qu’est-ce que tu voudrais voir évoluer en maçonnerie ?

Elle – La reconnaissance d’autres rites et rituels sur base des mêmes préceptes, l’acceptation de la présence des SS en tant que mère, épouse ou fille de l’impétrant lors du rituel d’initiation aux 3 degrés symboliques, quel que soit la RL et l’obédience (et la réciprocité au cas masculin dans les loges féminines), l’adaptation des rythmes des tenues à mettre en adéquations avec les obligations actuelles de la vie professionnelle

Lui – Le regard des profanes ; surtout ceux qui sont persuadés que l’on mange des petits enfants ! Ce n’est pas le petit enfant qui est important, mais la sauce qui l’accompagne.

– Avec le GODF qui laisse le choix aux Loges d’initier ou non les femmes, crois-tu que le Droit Humain perdra de sa spécificité ?

Elle – Pas du tout. La mixité n’est pas la chasse gardée du DH, seulement l’une de ses caractéristiques. Ses rituels, sa manière de travailler et de penser continueront à constituer son core business. Je pense au contraire que l’ouverture du GODF est une position à étendre largement, et qui correspond bien à l’adage « un maçon libre dans une loge libre ».
Il ne faut pas oublier non plus que le maçon évolue et qu’il peut ressentir le besoin à certaines étapes de sa vie de changer d’obédience pour poursuivre son perfectionnement.

Lui – Je reste un peu en retrait des choix des hautes sphères. Nous avons des frères et des sœurs qui sont venus d’obédiences non mixtes, tout comme certains y sont partis.
À mon avis, l’ouverture à la mixité deviendra naturelle au fil du temps ; nous vivons dans une société profane mixte.
Ensuite, à chacun de chercher sa voie dans les rituels et les choix des obédiences. Certains sont attachés au besoin d’être croyant, d’autres à une référence au GADLU, d’autres encore n’ont pas besoin de cela. C’est déjà un premier choix. Ensuite viennent le travail symbolique ou sociétal, puis le besoin de mixité ou non.
La structure du DH étant différente de celle du GODF, là également ce sera un choix personnel de chacun.
Mais à mon avis, sauf pour les impétrants qui n’y connaissent pas grand-chose, ce seront les parrains et marraines qui les guideront vers leurs loges.
Resteront les candidatures spontanées où le travail des enquêteurs devra se faire avec la plus grande impartialité pour diriger au mieux le demandeur vers ce qui lui convient le mieux.

– Dans la mesure ou tout ce qui concerne la maçonnerie se trouve en librairie, que penses tu de cette promesse de silence pour laquelle on prête serment ?

Elle – La promesse de silence touche le vécu personnel, les rituels et l’identité de ses FF et SS. Choses sur lesquelles je suis totalement inflexible.
Lire un rituel sans le vivre équivaut à ne lire que la coquille vide de l’escargot. Comme le disait Saint-Exupéry, l’essentiel est invisible pour les yeux.

Lui – Le silence est là pour protéger les frères et sœurs de leur appartenance.
Un cas m’a été rapporté que pour déstabiliser un témoin, le juge a révélé son appartenance maçonnique en demandant s’il ne protégeait pas son frère accusé. Ni l’un ni l’autre n’étaient au courant de leur filiation. Depuis, ce frère ne veut plus saluer d’autres frères ou sœurs dans sa ville, de peur que ses voisins ne fassent l’amalgame. C’est un peu parano, mais c’est une réalité de terrain.
Le silence sur le rituel est quant à lui peu utile vu la littérature disponible.
Ce que l’on ne saura jamais transmettre est notre ressenti personnel, différent en chacun de nous et pourtant en communion, en symbiose avec tous lors des tenues.

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Catégories :Rencontres

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8 réponses

  1. Comme précédemment, j’ai aimé lire cette interview !
    Merci aux participants 🙂

  2. un beau temoignane, merci pour le partage.

  3. Le flambeau a été efficacement passé ! Merci à notre Frère et notre Sœur pour leurs témoignages !

  4. Il s’exprime beaucoup le Grand Maitre de la GLDF ? Ca m’étonne beaucoup.

  5. Puisque notre frère et notre soeur parlent de la Belgique, j’ajouterai que chez nous on voit souvent les mêmes têtes lors des interviews, mais c’est souvent au sujet de questions que posent les journalistes sur la franc-maçonnerie, jamais sur des faits de société. Quelques journalistes et politiciens se sont dévoilés, mais également dans le même cadre. Je pense que les profanes s’en fichent éperdument et que de titrer « franc-maçonnerie » n’apporte pas plus de lecteurs aux hebdomadaires qui usent de cet artifice pour attirer le client. A la limite, ils retiendront le titre vu en vitrine pour s’en faire une idée, sans lire l’article.
    Celui qui m’a le plus marqué, avant que je ne sois initié, est un ancien présentateur du journal télévisé de la RTBF (chaine publique) avait répondu à la question sur les « arrangements entre amis » que si c’était le cas, il y a longtemps qu’il aurait été nommé directeur de la chaine.

  6. Très interessant merci beaucoup pour cette belle interview !!!

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